Un laboratoire privé a été chargé par des magistrats d’effectuer des tests ADN pour déterminer l’origine ethnique de suspects. L’information, révélée par le site Mediapart, a été confirmée jeudi 29 mai par le porte-parole de la Chancellerie, Guillaume Didier
le Nouvel Obs : L’ADN utilisé pour définir l’origine ethnique de suspects
La loi a été respectée, dit la Chancellerie, puisqu’elle dit que seuls les segments de l’ADN "non codants" ont le droit d’être utilisés (sauf celui déterminant le sexe).
Sauf que … ce laboratoire privé a la technologie pour utiliser les segments non codants pour faire ces tests ethniques.
Quand comprendrons nous que ce n’est pas sur les techniques qu’il faut légiférer, puisque leur évolution est incessante et de plus en plus complexe -, mais bien sur les principes ?
Sécurité routière : et les blessés ?
Ca fait longtemps qu’on le dit, la politique de répression du gouvernement est certainement efficace pour la réduction du déficit de l’Etat (et ça compte, en ces temps de disette budgétaire). La baisse des morts, bien que réelle, n’était que la face visible de l’iceberg. Sur le fond, c’est toujours le même problème, enfin ils s’en rendent compte. A quand des mesures sur le fond ?
Tous fichés
Ca y est, le lancement du passeport biométrique est officiel … et avec lui, le lancement en grande pompe des puces RFID en France … et toutes les inconnues qui vont avec, notamment sur le vol de données personnelles.
Souriez, nous sommes tous fichés. FNAEG, stic, judex, SIS, Edvige, ce sont les principaux, et pas des moindres. Quand on y rentre, on y est pour 40 ans pour certains, avec impossibilité d’en sortir … et ils vous suivent à la trace, même quand ils ne le devraient pas, par exemple pour obtenir un nouveau travail.
“une grenouille plongée dans une casserole d’eau bouillante va tenter d’en sortir le plus rapidement possible, mais si vous la mettez dans une eau froide dont vous faites monter progressivement la température, elle n’a aucune réaction. Parfois, je me demande si nous ne sommes pas dans cette situation”, commente le président de la CNIL.
Crôa Crôa
violences sexuelles en antartique
Un petit manchot rentrait tranquillement de la pêche quand une otarie à fourrure de l’Antarctique lui mit la nageoire sur le dos. La suite, révélée il y a quelques jours dans le Journal d’éthologie, aurait de quoi glacer un pingouin
la fin de l’internet : pensez à éteindre la lumière !
Les forces de l’ordre mettront en service en mai prochain un nouveau logiciel de renseignement, avec pour finalité de créer des fiches consultables par les forces de l’ordre sur tout le territoire national : Ardoise (Application de recueil de la documentation opérationnelle et d’informations statistiques sur les enquêtes)
Ardoise prévoit de renseigner des caractéristiques personnelles de toute personne entendue comme victime, témoin ou auteur au cours d’une procédure. Les agents utilisant ce logiciel devront renseigner la rubrique « état de la personne » et établir un profil de la personne en cliquant parmi les thèmes suivants : « homosexuel », « transsexuel », « handicapé », « sans domicile fixe », « personne se livrant à la prostitution », « travesti », « relation habituelle avec personne prostituée », « personne atteinte de troubles psychologiques », « usager de stupéfiants », « permanent syndical »… Près de 90.000 employés des forces de l’ordre seront, à terme, formés à l’utilisation de ce logiciel.
Il est notamment destiné à remplacer le STIC (logiciel de traitement des infractions constatées), un logiciel qui avait fait parler de lui il y a quelques mois.
La nouvelle a été dévoilée hier par le Collectif contre l’Homophobie, reprise immédiatement par têtu. Les grands journaux se contentent pour l’instant de reprendre la dépêche AFP.
J’ai bien peur que cette mesure passe inaperçue, sur le fumeux principe du "je n’ai pas à être contre, je n’ai rien à me reprocher".
Pour mémo, les dernières innovations de fichage de la société :
l’ADN (le FNAEG)
Ardoise
Puces RFID : Identité nationale électronique sécurisée, vers un Minority Report du XXIe
Cameras de surveillances
Radars automatiques, embarqués ou fixes
Je hais cette évolution récente qui veut faire croire que préparer un monde meilleur revient à préparer un monde plus contrôlé et sécurisé, comme si le bonheur demain ne pouvait s’entendre qu’au détriment de la notion d’individu, de la liberté personnelle, et de l’intimité.
[à la suite de la question de l’adn]
le jour où j’ai accepté, intimement compris que j’étais homosexuel, c’était en argentine. un pays où, à l’époque, des descentes étaient organisées dans des bars, simplement parce qu’ils étaient fréquentés par des homosexuels, qui terminaient en garde à vue dans les commissariats … et quand on connaissait l’état de la police argentine, il n’y avait rien de plaisant.
ce jour là, j’ai su avec certitude qu’on pouvait encore, dans nos sociétés dites civilisées, mettre quelqu’un en prison juste au motif de sa différence, de la peur qu’il génère inconsciemment.
quelques années plus tard, l’émergence des nouvelles technologies ont rendu possible le fichage généralisé des individus, la possibilité pour une institution de mettre tout un tas d’étiquettes sur les individus, sans qu’on sache ce qui en est fait ensuite, sans contre-pouvoirs clairement établis et réellement puissants.
1984, bienvenue à gattaca ne sont plus de la science fiction, ce sont aujourd’hui, techniquement, des possibilités.
la volonté politique ne semble pas être là (ouf), et l’opinion publique pas prête (re-ouf), quoi que largement indifférente.
si on me demandait aujourd’hui, je répondrais que ce fichage social est une de mes plus grosses peurs. je suis le seul ?
le débat est chaud, l’argument est simple : puisque 11 (ou 12 selon les versions) pays l’utilisent, pourquoi ça ne serait pas normal que la france utilise également les tests adn pour filtrer le regroupement familial.
bien sûr, il restera volontaire et payant. naturellement, il deviendra un élément discriminant au fil du temps - et des quotas ouverts.
naturellement également, il pénalisera les enfants adoptés, nés hors-mariage ou d’un premier mariage, … je ne crois pas que l’infidélité soit réservée à notre bonne société occidentale, si ? :p
et puis … au delà … sur le plan des valeurs, depuis quand le fait que 11 pays adoptent une posture est-il un gage de "normalité", "moralité" ou "éthique" ?
comme le dit le professeur Axel Kahn, la finlande, la suède et la norvège ont eu jusqu’à peu des lois eugénistes … aurions nous dû, sur ces exemples, adopter le même genre de loi, "justes" puisqu’appliquées ailleurs ?
A l’occasion de l’affaire Gare du Nord, Eolas fait un point sur le (dangereux) amalgame fait au sujet de l’homme qui est à l’origine de cette ’manifestation’ : selon la police, il aurait 22 affaires signalées alors que le ministre de l’intérieur [1] parle lui de récidive.
L’occasion de reparler de ces "affaires signalées", en fait consignées au STIC (le gras est de ma part) :
Le STIC est un fichier tenu par la police où sont entrées toutes les personnes entendues dans une affaire de police. Victimes comprises. Peu importe qu’aucune suite judiciaire ne soit donnée aux faits (parce que, par exemple, heu... ils ne sont pas vrais), vous êtes fiché. Pendant 20 ans. Et jusqu’en 2001, ce fichier fonctionnait en toute illégalité (mais on apprend vite qu’une illégalité commise par l’Etat est moins grave que celle commise par un séjour irrégulier qui fait trembler la République sur ses fondations). Ce fichier contient aujourd’hui 5 millions de mis en cause, dont la majorité n’a pas fait l’objet de poursuites.
Déjà en 2005 : La CNIL dénonce les dérives de l’utilisation des fichiers de police
En avril 2006 : Fichiers de police judiciaire : la CNIL dénonce les risques de dérive avec quelques exemples "croustillants"
Et en novembre 2006 : Les fichiers de police sont mal contrôlés et peu mis à jour, un rapport (pourtant demandé par Nicolas Sarkozy) réalisé par un groupe de travail réunissant notamment les hauts responsables de la police et de la gendarmerie, des magistrats et la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) :
Le rapport très dense rédigé par ce groupe, sous l’égide d’Alain Bauer, président du conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance, devait être remis à M. Sarkozy jeudi 23 novembre. Trois thèmes forts s’en dégagent : le problème de la mise à jour des fichiers, jugée lente et incomplète ; de leur vérification par les citoyens, mal informés ; de leur utilisation dans les enquêtes administratives.
Il ne l’a pas mis en place en tant que ministre, le changera-t-il (s’il le souhaite seulement …) en tant que président ?
Retour sur une série de débats pendant le week-end, au final assez décourageants.
Le constat est connu, et fait : en quelques années, c’est tout un pan de petits bouts de libertés fondamentales qui ont été grignotés, même vu par le petit bout de la lorgnette de la sécurité routière :
la liberté de circulation et de rassemblement avec un décret pris par Nicolas Sarkozy le 16 mai 2006 relatif aux concentrations de véhicules à moteurs sur la voie publique, qui institue l’obligation de déclarer en préfecture des rassemblements de véhicules remplissant des conditions plutôt passe-partout
[2]
droit à la présomption d’innocence et à la possibilité de contester une infraction, avec le CSA [3] qui défini par principe le conducteur d’un véhicule comme coupable de l’infraction commise au volant de ce véhicule, avec obligation pour le titulaire de la carte grise de prouver son innocence, et l’obligation de payer une consignation de 135€ pour pouvoir contester
[4]
droit au militantisme et refus de fichage en tout genre, y compris et surtout génétique
proportionnalité de la peine à la faute, par exemple avec un permis de conduire où le retrait de points n’est plus proportionnel aux fautes commises
mise sous surveillance généralisée de la société, avec les cameras de surveillance, les radars automatiques, ou encore les nouveaux systèmes de surveillance embarqués qui vont fleurir très bientôt
Face à ces exemples qui ne concernent ici que la sécurité routière, je comprends que l’indignation, et par là même la mobilisation, des français soit faible. Ce ne sont pas des sujets fondamentaux, ils sont juste la partie visible de l’iceberg, et encore, pour qui veut le voir.
Là où je suis plus perplexe, c’est en constatant le découragement de ces français militants, engagés dans ce domaine, qui semblent convaincus d’avance qu’il est trop tard pour bouger, pour essayer de faire bouger les choses … comme si, à l’instar de tant de français, c’est le repli sur soi qui prime.
Pas glop …
[1] Pour rappel, François Baroin, depuis quelques jours
[2]
la soumission des participants à un règlement (comme celui d’un moto-club), le paiement de droits d’inscription (comme dans un moto-club), des arrêts imposés (comme dans tout road-book), constituent autant d’indices permettant de caractériser et donc d’opérer une sélection juridique en fonction des types de rassemblements de véhicules entrant dans le champ d’application du décret du 16 mai 2006 précité
[3] Contrôle Sanction Automatisé, ie les radars automatiques
[4] sachant qu’en cas de victoire devant les tribunaux, le remboursement de la consignation n’est pas automatique, mais doit être demandé par lettre recommandée au Trésor Public !